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Contemporary African Art Collection by Jean Pigozzi

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Les arts d'Afrique rayonnent à Monaco - L'Humanité
L’Humanite
August 27, 2005

Les Arts D’Afrique Rayonnent À Monaco

Article de Philippe Jérôme

Un cercueil Mercedes, sculpté en 1993 par le Ghanéen Kane Kwei, métaphore de l’enterrement en beauté (?) de l’art traditionnel africain par la révolution industrielle, a été disposé à la charnière de cette exposition fleuve. Avant de pénétrer dans le labyrinthe de la création contemporaine aux cimaises débordant des richesses éclatantes de couleurs, accumulées par le collectionneur et mécène italo-suisse Jean Pigozzi, le visiteur aura zigzagué entre les sobres vitrines aménagées dans un interminable et sombre couloir par le designer italien Ettore Sottsass. Comme si, émergeant d’une nuit profonde, la création artistique se cherchait encore en Afrique sous les néons de la modernité et avec elle des humains ayant perdu bien des repères moraux et des valeurs humanistes en ce début de nouveau millénaire.

Un Voyage Dans Le Temps Et L’espace

Cependant cette nuit (des temps) mal connue des historiens ne fut pas improductive. Des oeuvres lumineuses ne cessèrent d’être créées, figures de pierre ou d’argile datées des Ve et IVe millénaires avant J.-C. ou somptueux témoignages sculptés de la vie de la cour du roi du Bénin jusqu’au XVIe siècle. « Arts of Africa » offre d’ailleurs à cet égard un panorama exceptionnel de la statuaire en Afrique noire, les pays du nord du continent bordant la Méditerranée ayant été volontairement oubliés. L’art de la fabrication des masques et costumes de fête est bien intégré dans cette présentation qui fait voyager dans le temps et l’espace, de l’antique Nubie au pays des Dogon, du Nil soudanais au Niger malien. On passe non sans émerveillement des émouvantes terres cuites de la civilisation de Nok (Ve siècle avant J.-C.) aux parfaits bronzes de la culture des Igbo Ukwu qui ont mille cinq cents ans d’âge. Également située près du Nigeria actuel, la ville d’Ifé a abrité pendant « notre » Moyen Âge des artistes prodigieux : « Leurs oeuvres étaient d’une telle beauté que certains découvreurs occidentaux ont cru un moment qu’elles avaient été importées pendant l’Antiquité par des Méditerranéens », raconte Ezio Bassani, le commissaire italien de cette partie « Arts traditionnels ».

On le sait, ces arts nigérian, béninois ou dogon ont, un temps, influencé quelques-uns des « avant-gardistes » européens du XXe siècle voire, affirment certains historiens d’art, un mouvement artistique aussi important que le cubisme. C’est ainsi que des masques africains stylisés parsèment une tapisserie de Fernand Léger de 1966 où le noir domine. Elle évoque la « création du monde » à l’entrée d’un corridor où sont rassemblées d’autres illustrations de cette étonnante imprégnation : toiles de Gauguin et de Picasso sur un même thème (la Femme à l’éventail en 1902 et 1908) qui reprend l’idée du masque peint, huile sur carton d’Amedeo Modigliani (Étude pour une cariatide en 1913) que l’on croirait sortie de l’imagination d’un marabout malien ou encore le Boxeur (1920), d’Henri Laurens, qui ressemble furieusement à ce Messager du roi, sculpté par un artiste béninois anonyme du XVIe siècle.

Cette sorte de sas d’accès à la modernité permet à André Magnin, directeur artistique de la collection Pigozzi, de ménager au visiteur une habile transition avec la présentation des oeuvres d’artistes contemporains, la plupart vivant toujours courageusement dans les pays aux frontières arbitrairement établies par les colonisateurs. On notera d’ailleurs à ce propos que n’est présentée, et pour cause, dans cette exposition, aucune pièce significative de la période coloniale, véritable trou noir de l’histoire de l’art africain.

Du Sens, De La Révolte Et Des Émotions

Utilisant tous les supports jusqu’à des matériaux de récupération et toutes formes d’expression, de la photo à la maquette architecturale en passant bien sûr par la peinture, les créateurs africains du moment semblent vouloir rattraper ce temps perdu mais surtout se débarrasser de cette étiquette d’artistes « exotiques » dont ils sont parfois affublés avec un certain mépris paternaliste. Comme le souligne André Magnin à propos de l’inclassable polygraphe ivoirien Frédéric Bruly Bouabré, du prolifique peintre congolais Cheri Samba et de bien d’autres talentueuses signatures (Keita, Sidibé, Thango, Gedewon...) exposées au Grimaldi Forum après l’avoir été aux États Unis, « en dépit de leur situation et de leur histoire ces artistes continuent de produire du sens, de transmettre de la pensée, de la révolte, des émotions qui peuvent être lisibles et compréhensibles par tous ». Les surprenantes sculptures avec épines de porc-épic du Congolais Bai Bweh ou « l’hommage à Steve Biko » de l’hyperréaliste sud-africain Willie Bester en portent témoignage parmi cent oeuvres où affleurent souvent rage et humour.

À la sortie de cette exposition remarquable de beauté plastique et d’intelligence artistique mais pauvre en éclairages qui pourraient situer certaines oeuvres dans leur contexte historique, Médecins sans frontières a planté une tente pour y récolter des fonds. Manière de nous rappeler aussi qu’en cet été 2005, au Congo, au Burundi ou au Niger, parmi les petits orphelins du sida et les gamins affamés se trouvent peut-être un Warhol en herbe, un futur Picasso ou un jeune Léonard.

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